La renaissance de l’artisanat traditionnel en RDC: le combat de Paul Kakoma

Article : La renaissance de l’artisanat traditionnel en RDC: le combat de Paul Kakoma
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25 novembre 2024

La renaissance de l’artisanat traditionnel en RDC: le combat de Paul Kakoma

Maître artisan dans le village de Tshikenda, Paul Kakoma, 72 ans, lutte pour préserver les savoir-faire ancestraux et l’artisanat face aux défis de la modernité et de la pollution plastique.

Paul Kakoma, artisan dans le village de Tshikenda, province du Kasaï Central en RDC / Photographie de Ruben Nyanguila

Considérés en Afrique comme des bibliothèques vivantes, les anciens jouent un rôle essentiel dans la préservation de la tradition et de la culture. Comme le déclarait Léopold Sedar Senghor, « en Afrique, lorsqu’un ancien meurt, c’est une bibliothèque entière qui brûle ». Ces sages, dont les paroles sont précieuses, sont particulièrement respectés dans les villages traditionnels, gardiens des coutumes ancestrales.

Dans l’atelier, Paul Kakoma et son élève travaillent, village de Tshikenda, province du Kasaï Central en RDC / Photographie de Ruben Nyanguila

À Tshikenda, petit village au centre de la République Démocratique du Congo, Paul Kakoma, 72 ans, est l’un de ces vénérables anciens. Dans son atelier en dessous d’un arbre, il a fait cette déclaration : “Nous devons préserver l’artisanat traditionnel pour éviter la prolifération des déchets plastiques que nous observons dans nos villes aujourd’hui.”

Paul Kakoma est un maître artisan, spécialisé dans la confection de paniers à partir de lianes et de rotin. Il est le dernier dans son village à posséder cette expertise. Comme de nombreux villages en RDC, Tshikenda est confronté au risque de perdre ce précieux savoir-faire lorsque les détenteurs de ces compétences disparaissent. Malgré l’importance de préserver l’artisanat traditionnel, les jeunes générations semblent peu intéressées par ces techniques ancestrales, aspirant plutôt à la vie urbaine et aux nouvelles technologies.

Paul conserve précieusement une vieille carte d’artiste, rappel d’une époque où l’artisanat local et la culture étaient valorisés par les autorités locales. Sur cette carte, les mots « Laissez passer » suscitent encore en lui une grande fierté. « Autrefois, avec mon vélo, je voyageais librement, sans inquiétude concernant les taxes diverses. Grâce à ma carte, on me laissait passer à cause de mon statut d’artiste. On respectait la noblesse de mon métier. » déclare Paul Kakoma.

Aperçu de la vieille carte de service de Paul Kakoma, village de Tshikenda, province du Kasaï Central en RDC / Photographie de Ruben Nyanguila

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Malgré la perte de prestige de l’artisanat, Paul Kakoma continue de transmettre son savoir. « Je comprends que le monde évolue rapidement, que les jeunes sont exposés à des inventions et technologies nouvelles. Cependant, cela ne devrait pas signifier l’oubli de nos savoir-faire traditionnels. Il faut les préserver car ils ont encore leur place, surtout si l’on considère leur caractère écologique et leur respect de l’environnement. Nous devons trouver un équilibre », affirme Paul, qui s’efforce d’initier autant de jeunes que possible à son art.

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