Marchands du Lac Kivu : vivre et vendre sur l’eau – Ma dernière photo de Goma, floue comme l’avenir – Raconter, c’est résister

Article : Marchands du Lac Kivu : vivre et vendre sur l’eau – Ma dernière photo de Goma, floue comme l’avenir – Raconter, c’est résister
Crédit: Ruben Nyanguila
30 mars 2025

Marchands du Lac Kivu : vivre et vendre sur l’eau – Ma dernière photo de Goma, floue comme l’avenir – Raconter, c’est résister

Un marchand  naviguant sur le lac Kivu
Le lac Kivu etant la voie la plus rapide pour relier Goma, Idjwi et Bukavu dans le Grand Kivu, plusieurs types d’embarcations naviguent chaque jour entre ces villes. Les communautes rurales le long du lac en profitent pour faire du commerce en proposant leurs productions aux voyageurs traversant le lac Kivu. Photographie de Ruben Nyanguila / Collectif DR.

Father and Us, Merchants of the Lake

Le lac Kivu, reconnu comme un patrimoine naturel, est la voie la plus rapide reliant les grandes villes de Goma, Idjwi et Bukavu, dans la région du Grand Kivu en RDC. Ici, les bateaux, barges et pirogues à moteur transportent des voyageurs sur ces eaux. Avec notre pirogue artisanale, nous transportons des fruits, du bétail et divers produits agricoles. Nous nous approchons des canots rapides qui, parfois, s’arrêtent pour permettre aux passagers d’acheter nos marchandises.

C’est notre commerce : faire des affaires sur le lac Kivu. Nous n’avons jamais demandé la guerre. Tout ce que nous voulons, ce sont des touristes et des voyageurs naviguant paisiblement sur notre lac, afin que nous puissions continuer notre travail, notre vie.

Photograph by Ruben Nyanguila / Collectif DR.

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L’appel des photos, le poids du silence

Ces images, je les ai gardées longtemps dans mes fichiers. Elles portent un cri. Celui de ceux qui, chaque jour, affrontent l’incertitude, tiraillés entre leur existence précaire et les réalités brutales du conflit.

En décembre, j’étais dans le Grand Kivu. D’abord Goma, puis Bukavu. Ma maison, mon pays. Aujourd’hui, j’aimerais y retourner, mais la guerre me l’interdit.

La dernière photo que j’ai prise de Goma, c’était à 21h, depuis le hublot d’un avion en partance pour Kinshasa. Un cliché flou, strié de lumières tremblantes, figé dans l’effet d’une vitesse d’obturation trop lente. Cette photo, c’était un instant. Mais elle est aussi devenue un symbole, un pressentiment. Un mois plus tard, Goma était coupée du reste du pays.

En tant que photographe et visual storyteller, il y a des images qui nous hantent. Elles portent en elles une intensité qui nous dépasse. Une intensité de vie, de résistance. Parfois, une intensité de mort, de silence. Nous sommes les passeurs de ces récits, les témoins d’un monde où la lumière vacille mais ne s’éteint jamais totalement.

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